"j'ai fait ce que j'ai pu et je n'ai point d'espoir, pourquoi m'obstiner dans ce martyr? " Il te suffisait de fermer les yeux pour faire la paix dans le monde. Pour effacer du monde les rocs, les glaces et les neiges. A peine closes, ces paupières miraculeuses, il n'était plus ni coup, ni chutes, ni muscles déchirés, ni gel brûlant, ni ce poids de la vie à traîner quand on va comme un boeuf, et qu'elle se fait plus lourde qu'un char. Déjà, tu le goûtais, ce froid devenu poison, et qui, semblable à la morphine, t'emplissait maintenant de béatitude. Ta vie se réfugiait autour du coeur. Quelque chose de doux et de précieux se blottissait au centre de toi même. Ta conscience peu à peu abandonnait les régions lointaines de ce corps qui, bête jusqu'alors gorgée de souffrances, participait déjà de l'indifférence du marbre.
Tes scrupules mêmes s'apaisaient. Nos appels ne t'atteignait plus, ou plus exactement, se changeaient pour toi en appels de rêve. Tu répondais heureux par une marche de rêve, par de longues enjambées faciles, qui t'ouvraient sans efforts les délices des plaines. avec quelle aisance tu glissais dans un monde devenu si tendre pour toi! Ton retour, Guillaumet, tu décidais, avare, de nous le refuser.
Antoine de Saint-Exupéry
extrait de Terre des hommes
dimanche 5 octobre 2008
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